Le marché de l’assurance au Canada est-il prêt pour la mitigation proactive des pertes ?
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Le marché de l’assurance au Canada est-il prêt pour la mitigation proactive des pertes ?

Passer de la restauration des dommages à la prévention des pertes avant qu’elles ne surviennent. Les dégâts d’eau demeurent l’un des facteurs les plus constants et les plus coûteux des réclamations en assurance de biens au Canada. Bien que les inondations catastrophiques retiennent l’attention à l’échelle nationale, plusieurs des pertes les plus significatives pour les assureurs commencent par des événements beaucoup moins spectaculaires : une conduite éclatée, un raccord de plomberie défectueux, un tuyau d’appareil électroménager qui fuit ou une infiltration lente à l’intérieur d’un mur.

Depuis des décennies, l’industrie est structurée autour de la réaction. Un sinistre survient. La réclamation est déclarée. Les experts en sinistre enquêtent. Les entrepreneurs restaurent. L’expertise en restauration au Canada est très avancée et les délais d’intervention se sont considérablement améliorés. Toutefois, même la réponse la plus efficace intervient une fois que les dommages ont déjà progressé.

La question à laquelle font face aujourd’hui les assureurs, les courtiers et les gestionnaires de risques est la suivante : est-ce que réagir plus rapidement suffit, ou la véritable opportunité stratégique réside-t-elle dans la prévention des pertes avant qu’elles ne s’aggravent?

La courbe de coûts des dégâts d’eau

Les sinistres liés à l’eau sont particulièrement problématiques en raison de la rapidité avec laquelle ils s’aggravent. Une fuite mineure non détectée pendant quelques heures peut saturer l’isolant, se propager derrière les murs, endommager les revêtements de sol et affecter les systèmes électriques. Des problématiques secondaires, notamment la croissance microbienne, viennent ajouter de la complexité et des coûts supplémentaires.

Au moment où les équipes d’intervention arrivent, la gravité de la réclamation a déjà augmenté de façon exponentielle.

Lorsque les réclamations deviennent plus fréquentes et plus coûteuses que prévu, les ratios de pertes subissent une pression accrue. La hausse des coûts de réparation et la variabilité des conditions climatiques rendent les résultats plus difficiles à prévoir. Si les assureurs se concentrent uniquement sur la restauration après sinistre, ils demeurent exposés aux mêmes risques sous-jacents. Un modèle réactif permet de réparer les dommages, mais ne réduit pas la probabilité de réclamations futures.

De la réaction à la visibilité

Le fondement d’une approche proactive de mitigation des pertes repose sur la visibilité. Les risques d’incendie sont depuis longtemps encadrés par des alarmes obligatoires, des gicleurs et des systèmes de suppression. Le risque lié à l’eau nécessite une discipline similaire.

Aujourd’hui, les technologies de surveillance continue permettent d’avoir une visibilité en temps réel sur les zones à haut risque dans les bâtiments. Les dispositifs de détection d’eau identifient l’humidité dès ses premières manifestations. Les capteurs environnementaux suivent les variations de température et d’humidité qui peuvent indiquer un risque de condensation ou une présence d’humidité cachée. Une plateforme centralisée permet aux propriétaires et aux gestionnaires de risques de superviser plusieurs sites à partir d’un tableau de bord unique et de recevoir des alertes immédiates lorsque les conditions changent.

Ce changement transforme les dégâts d’eau, passant d’une vulnérabilité invisible à un risque mesurable et maîtrisable. Une détection plus rapide réduit le délai entre l’incident et l’intervention. Dans bien des cas, ce qui aurait pu devenir une réclamation de plusieurs centaines de milliers de dollars se limite à une intervention contenue. À l’échelle d’un portefeuille, ces gains s’accumulent rapidement.

Impacts pour la souscription et les réclamations

Pour les souscripteurs, les immeubles équipés de systèmes de surveillance active et de programmes d’entretien documentés démontrent une meilleure gestion des risques. Ces mesures constituent des indicateurs concrets de discipline opérationnelle et permettent une sélection du risque plus précise.

Pour les responsables des réclamations, la mitigation proactive agit directement sur deux facteurs majeurs d’augmentation des coûts : la détection tardive et la propagation non contrôlée. Une intervention plus rapide réduit les besoins de remplacement de matériaux, raccourcit les délais de séchage et diminue les coûts globaux des réclamations.

Concrètement, un bâtiment surveillé peut transformer une perte potentielle de plus de 100 000 $ en une intervention de 5 000 $ à 10 000 $, simplement parce que le problème a été détecté avant d’avoir le temps de s’aggraver.

La conversation évolue donc de « À quelle vitesse pouvons-nous restaurer? » à « À quelle rapidité pouvons-nous détecter? » Ce changement de perspective a des implications directes sur la performance des portefeuilles.

Alignement avec les objectifs ESG et la résilience des actifs

Les bénéfices vont au-delà des indicateurs financiers. La prévention des sinistres liés à l’eau réduit le gaspillage de matériaux, diminue la consommation d’énergie associée aux travaux de séchage intensifs et limite les déchets envoyés aux sites d’enfouissement. Alors que les critères ESG influencent de plus en plus les décisions d’investissement et de souscription, les stratégies de mitigation contribuent à la fois à la résilience et aux objectifs de durabilité.

Les bâtiments se maintiennent en meilleur état dans le temps, avec moins de dommages cachés liés à l’humidité et moins de problèmes récurrents. Pour les assureurs, une diminution des sinistres majeurs et une plus grande constance des réclamations favorisent une meilleure stabilité des portefeuilles.

Un virage stratégique pour l’industrie

La mitigation proactive des pertes ne remplace pas l’expertise en restauration. Elle la renforce. Les organisations qui comprennent les causes des dommages sont bien positionnées pour aider les assureurs et les propriétaires à réduire leur exposition avant qu’un sinistre ne survienne.

Adopter cette approche nécessite un alignement entre la souscription, les réclamations et l’ingénierie du risque, en faisant de la prévention un objectif de performance mesurable. Dans un contexte marqué par la variabilité climatique, l’augmentation des coûts de réparation et la pression sur les résultats techniques des portefeuilles, la mitigation proactive s’impose comme un levier de différenciation pour la stabilité et la compétitivité.


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Fabio Bernardo, Directeur Général - Canada

Cet article a été initialement publié dans Canadian Underwriter.

Prévenez les dégâts avant qu'ils ne surviennent.

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